samedi 19 novembre 2011

Premier article

Voilà, voilà...

Donc 1er article. Le style est différent, je n'ai pas l'habitude de faire des dégustations sans la partie consistante. J'aime cet équilibre entre le liquide et le solide... cet article fait suite à un repas organisé aujourd'hui avec un couple d'amis.
Le menu est inédit, le programme de vins éclectique. Il faut dire que ce matin encore je ne m'étais pas posé la question de ce que j'allais servir, seul le vin de l'entrée était chois, un Jurançon, "Domain du Cinquau, cuvé Marguerite 2000". Je n'aime pas spécialement les surmaturés, mais ce Jurançon est parfaitement équilibré après 10-11 ans d'âge. Autant les premières année il fait penser à un verre d'eau avec du sucre, autant là il apparaît bien gras, rond, pas trop sucré, parfait.
Le menu donc (je m'étais promis de faire des photos des assiettes et... on sait comment ça se passe. l'alcool aidant et la convivialité fait son effet on oublie...) :
Apéro : que du chenit, des trucs que les enfants aiment ( ça c'est l'excuse des adultes pour manger des chips et des flûtes au beurre)
Entrée : Croûtons de foie gras aux figues fraîches et petite escalope de saumon poêlée
Plât principal : Mini-tâtins au magret de canard et purée de courge
Dessert : glace vanille et coulis de fruit rouge (un classique)
... et finalement, vu le taux élevé d’alcoolémie, musique nineties !! (What is love ?)

Donc au niveau des vins, je serais bref, j'ai pas pris de note, ça se fait pas lorsque l'on reçoit des invités et j'ai plus la force de réfléchir :

A l'apéro : un vin jamais testé
Un sauvignon du pays du val de Loire, 2009, intitulé Mmmm... Mis en bouteille par Fournier père & fils (sûrement des Valaisans pour faire un vin blanc de telle qualité en France ;-) ), frais, fruité, bien présent en bouche, un vin parfait pour l'apéro. Une découverte à mini-prix qu'il faudra goûter à nouveau dans dans conditions plus adéquates.












Vient ensuite l'entrée, avec le Jurançon. Je suis fan de la cuvé Marguerite du domaine du Cinquau. C'est un 2000.
(Bertrand en a gouté une l'année passée, il pourra donner son avis sur la question). Comme mentionné plus haut, c'est un vin qui en prime jeunesse est très sucré. Lorsqu'on à la patience de le laisser en cave, il sait donner après ces années sa véritable valeur. Il est moelleux, long en bouche, des notes de miel, d'ananas viennent accommoder le tout. Il est parfaitement en accord avec le foie gras, les figues et le saumon cuit, il ne tombe plus dans l'excès de sucre, il est nickel. Je ne peux que me réjouir d'en posséder encore 1 ou 2 bouteilles en cave. Il semble toutefois opportun de ne pas attendre trop avant de les ouvrir, notamment en raison du bouchon qui commençe à être attaqué.







Ensuite le plat principal. Le matin même je n'avais toujours pas décidé quel vin j'allais ouvrir et puis finalement le goût du risque prend le dessus. J'ai 35 ans mardi... je vais nous faire plaisir. Je me décide pour ma plus vieille bouteille en cave. Un Château Gazin 1970 :


















Les invités arrivent à 11h30, le plat principal sera servi vers 13h00. Je remonte cette bouteille à 10h30, je l'ouvre, me sers un fond de verre pour tester (la belle "excuse"). Je suis un peu sur la retenue, le risque qu'elle ait "tourné" est assez grand.
Et là... impressionnant, le fond de verre est vif, jeune, hormis la couleur, claire, tuilée, il semble provenir d'un vin des années 2005-2010, il donne une impression de cours en bouche, mais on sent réellement le potentiel derrière. Je suis heureux. Je décide de ne pas le passer en carafe, je le laisse en bouteille et en profite pour ouvrir également une deuxième bouteille pour le plat principal. Bouteille que je nommerais plus loin.

Quand viens (la fin de l'été sur la plageuuu...) le temps de servir le Gazin, c'est un peu le stress, j'annonce que c'est un vin qui date mais qui m'a surpris. Mon invité avant de la goûter me demande si c'est un 93, il m'avoue avoir eu plusieurs expériences heureuse pour un millésime décrié, je me dois de l'informer que non, il est un peu plus ancien....

Le vin est couleur tuile, il apparaît clairement comme un vin ancien, à l'odeur, alors qu'il avait des effluves de fraise à l'ouverture, il est plus sur du chocolat, du mokka. En bouche il surprend par sa jeunesse, il est vif, alerte, avec un bonne longueur et en plus des qualités précitées, un goût de sous-bois (ce qui fait douter une convive : "T'as déjà goûté un sous-bois", ouais durant ma jeunesse je léchais de la mousse en forêt...), cet indescriptible (pour moi) goût de vieux Bordeaux dans toute sa splendeur, j'aime. Je dois avouer que j'étais sceptique sur ce vin... Mea culpa.

Et là, la poisse, les convives ont encore soif, je me dois de leur apporter de quoi se sustenter. Nous continuons sur du Bordeaux et je sers un Château Giscours 2000 (c'est la dernière photo individuelle, après c'est... compliqué) :

J'ai pas un grand talent pour décrire les vins, je suis assez binaires, du genre valaisan ("ouais ben tu vois là c'est bon" ou "Dedjeu c'est quoi c't'histoire qu'tu nous sers ? c'est du vaudois ?) pas par choix, mais parce que je n'ai jamais appris à mettre des mots sur ces sensation. Donc pour moi ce vin est la quintessence du Margaux. tout en finesse, minéral, profond, vu son "jeune" âge il est encore foncièrement "épais" à la vue, couleur cassis, il ne ressemble de ce point de vue en rien au Gazin (forcément et encore heureux). Une joie de boire un tel vin.








Et puis ensuite tout s'enchaîne, on est bien, il est 16h00, les enfants s'amusent dehors, je descend à la cave pour prendre une bouteille supplémentaire. Je change complètement de registre. Ce sera une Côte Rotie 1999, domaine Burgaud, excellent, puis un Châteauneuf du Pape 1998, Domaine Font de Michelle, cuvée Etienne Gonnet, super mais il ne faut plus traîner pour le boire, puis enfin un Vosne-Romanée 1999 des Partiarches. J'évite le commentaire, il était bon, mais... le contexte, la danse, la musique, etc...

















Nous finissons donc sept bouteilles à quatre. Et comme le vin est pour moi source de convivialité, nous retombons, après la Côte Rotie dans nos délire de sortie du début-milieu des années 90 et j'en profite pour remonter, en même temps que les bouteille, ma caisse de vieux CD et cette magnifique journée permet une écoute passionnée de classique, les Haddaway "What is love", Indochine "l'aventurier" "3 nuits par semaine", Gala "free from desire", et autre soupe dance de l'époque nous transcende et nous casse la voix. A 22h00 les enfants nous sortent de notre délire et il est temps de boucler la soirée et de mettre au lit la relève. Que de vins ils pourront apprécier...

Une fois de plus plus, bon vin rime avec amitié... Un pur bonheur.

(je complèterais peut-être les commentaires de dégustation, après avoir servi un aspegic à Madame...)

vendredi 18 novembre 2011

Dégustation du domaine JOSMEYER

Un jeudi soir brumeux, des coeurs encore ennivrés par les fabuleux Bourgogne blancs dégustés deux jours plus tôt (dégustation Gazzar au Lausanne Palace), et une interrogation planante : est-ce qu'une dégustation de vins blancs uniquement donne mal à la tête ? C'est dans cet état d'esprit que Philippe, accompagné de sa douce, et moi-même nous sommes rendus à la dégustation des vins alsaciens du domaine Josmeyer, dans les locaux de DIVO à Penthalaz. Sébastian était également de la partie, lui qui est un aficionado de DIVO.

Une trentaine de passionnés étaient présents (nous avons quelque peu fait chuter la moyenne d'âge !), tous suspendus aux lèvres de la ravissante Isabelle Meyer, propriétaire et oenologue du domaine Josmeyer.

Quelques mots tout d'abord sur le domaine, situé dans la bourgade de Witzenheim, proche de Colmar. Cette entreprise familiale débute en 1854 par Aloyse Meyer qui créé un négoce de vins pour mettre en valeur les vins issus des meilleurs terroirs locaux et plus spécialement ceux du HENGST et du BRAND, aujourd'hui reconnus comme GRANDS CRUS. Lui succèdent Joseph, Hubert, Jean, puis Céline et Isabelle. Le nom de Josmeyer date de 1963 et reprend les premières lettres de Joseph ajoutées à Meyer.

Dès 1949, les vins sont exportés, notamment en Belgique, en Angleterre et en Suisse. En 2000, l'ensemble du vignoble est converti en culture biologique et biodynamique (certifié depuis 2004 avec le logo AB). Celui-ci compte aujourd'hui 25.7 hectares (29% Riesling, 26% Pinot Blanc & Auxerrois, 18% Pinot GriS, 17% Gewurtzraminer et 10% pour les Sylvaner, Muscat & Pinot Noir).

Le vin est élevé dans le bois, en foudres centenaires et est non filtré. Il se purifie et se transcendeau contact des lies fines, base spirituelle de la race et de la noblesse des vins du domaine.

Ces vins sont régulièrement mis en avant par les dégustateurs spécialisés. Ainsi, Wine Spectator a accordé 93 pts au Riesling Grand Cru Brand 2008 et au Riesling Grand Cru Hengst Samain 2008. Il a même accordé 94 pts au Pinot Gris Grand Cru Brand 2008.

La dégustation est assise, et les vins sont servis par paire afin de pouvoir les comparer entre eux. Chaque vin est commenté par Isabelle Meyer qui est une passionnée qui connaît bien son métier. Des fiches de dégustation sont à disposition et de l'eau et du pain sont déposés sur les tables. Les conditions sont idéales pour découvrir ces douze vins d'Alsace.

"A NOIR" 2007
Ce vin est composé à 60% de Pinot Auxerrois et à 40% de Pinot Noir vinifié en blanc. Le nom vient d'un poème d'Arthur Rimbaud intitulé "Voyelles" et qui commence par "A Noir...". Ce vin est issu d'une récolte précoce (début septembre) et 2007 est le premier millésime.
CR BL : le premier nez est assez discret, un peu léger. Puis il s'ouvre un peu sur des arômes de fruits blancs. La bouche est encore plus discrète. Il y a cependant une belle acidité qui vient du Pinot Noir, car le Pinot Auxerrois présente en général une acidité assez faible. Le tout manque un peu de structure, de complexité. Ce n'est pas un grand vin, mais qui se laisse boire.

"PINOT AUXERROIS "H" VIEILLES VIGNES", 2010 (100% Pinot Auxerrois)
Le H est la première lettre de HENGST. Les vignes sont plantées sur le terroir du Grand Cru HENGST, mais il ne peut être considéré comme Grand Cru car, en Alsace, seuls les 4 cépages nobles (Gewurtzraminer, Riesling, Pinot Gris et Muscat) peuvent prétendre au titre de Grand Cru. Les vignes ont plus de 60 ans.
CR BL : la couleur est assez pâle, presque vert. Le premier nez sent un peu la terre, il est assez fermé. Puis, il évolue sur une sorte de poivron vert, presque sucré ! Je sais, c'est un peu bizarre, mais c'est l'image qui m'est venue immédiatement : du poivron et une lègère sucrosité. Au bout de 5-10 minutes, le nez change et le fruit ressort enfin un peu (mandarine). En bouche, il y a pas mal d'acidité (ce qui semble fréquent dans le millésime 2010). Il y a beaucoup de matière, mais le fruit reste assez discret (jeune). Le vin est assez austère, pas très flatteur, pas rond du tout. Il est assez "serré". La finale est métallique. J'avoue que je ne suis pas fan de ce vin. Et je suis bien incapable d'identifier un quelconque potientiel futur !

"RIESLING LES PIERRETS", 2007
CR BL: le Riesling est déjà plus ma tasse de thé. Le premier nez fait penser à de l'huile de moteur. Il est vif, il y a une belle fraîcheur et, surtout, beaucoup moins d'acidité au nez. Après quelques minutes, le fruit perce (agrumes, oranges). Et, quelques minutes encore après, il se referme ! Ce vin est primesautier ! En bouche, on a un vin bien sec (marque de fabrique des vins Josmeyer qui n'aiment pas les vins trop lourds, avec trop de sucre). Le vin a de la relance, une attaque qui ne vous lâche pas. On trouve des arômes proches du Rivella Bleu ! Puis il évolue sur la vanille douce. Le vin est englobant, il patine le palais : c'est beau ! Il y a une superbe minéralité (pierre à fusil) et une longueur qui vous hante longtemps après que le vin a quitté notre palais. Selon Isabelle Meyer, ce vin peut continuer à évoluer sur plus de 10 ans. L'un de mes coups de coeur de la soirée.

"RIESLING GRAND CRU BRAND" 2008
Comme mentionné plus haut, ce vin a reçu 93 pts de Wine Spectator.
CR BL : le premier nez dégage une infinie douceur, une caresse pour le nez sans que cela ne soit sucré. On y trouve des arômes d'amandes. Puis, le fruit exotique apparaît (litchi). En bouche, quelle matière pour un blanc ! Une structure parfaite, un très bel équilibre, une longueur sans fin. Petit bémol : il y a encore une certaine acidité trop présente à mon goût. C'est un très beau vin, mais qu'il faut laisser dormir quelques années encore.

"RIESLING GRAND CRU HENGST SAMAIN" 2007
CR BL : un premier nez un peu réservé, mais avec une acidité assez présente. Le fruit est un peu étheré, le tout semble un peu vert. Puis, le gouffre s'ouvre ! Le vin devient profond, il nous aspire. On y décèle des arômes de mie de pain, légèrement citronné. En bouche, l'acidité est bien (trop ?) présente. On y sent des notes d'armoires de grand-mère en finale. On y trouve également des épices (cumin). La finale laisse une légère amertume qui me dérange un peu.

"RIESLING GRAND CRU HENGST SAMAIN" 2000
CR BL : c'est le même vin qu'avant, mais sur un millésime plus ancien. La comparaison est très intéressante. Le premier nez est surprenant : on y sent des notes de pétrole, d'huile de vidange, presque du plastique. C'est très englobant, très dense, on a l'impression que c'est "épais". En bouche, le côté "huilé" est toujours présent, mais plus discret. Un peu de sucrosité apparaît. Il y a une patine incroyable, c'est très soyeux. La matière est crémeuse ! On y sent des arômes de pêche jaune, de sureau au bout d'un moment. Et encore une fois : quelle longueur ! Ca ne s'arrête jamais ! L'équilibre est juste parfait. C'est un très grand vin. Selon Isabelle Meyer, il ne faut pas s'attendre à ce que le 2007 évolue de la même manière. Dommage...

"PINOT GRIS FONDATION" 2008
A la base, le pinot gris alsacien s'appelait Tokay pinot gris. Mais, la Hongrie a protégé le terme et personne n'a plus le droit de l'utiliser à part eux.
CR BL: le nez exhale des odeurs de pomme verte, de pêche melba. C'est un peu citronné avec une légère acidité. La bouche est assez austère, droite. C'est très sec. Il y a une belle fraîcheur, un bel équilibre. L'acidité est ici bien intégrée. La finale est un peu métallique, mais courte. L'ensemble me semble un peu plat et ne me convainct pas.

"PINOT GRIS GRAND HENGST" 2007
CR BL : le nez est très expressif, sucré, on y trouve des arômes de sugus orange, de pêche. Il y a une belle douceur qui nous attire au fond du verre. La bouche est douce tout en ayant une belle fraîcheur. On y a retrouve les arômes d'agrumes, même de pommes farineuses. Cela évolue presque sur des senteurs de garrigue ! Il y a une grande densité, une belle charpente. C'est un magnifique équilibre entre le sucre et l'alcool. La finale est assez longue, un peu métallique. Très beau vin !

"GEWURTZRAMINER HERRENWEG" 2009
CR BL : je ne suis pas un inconditionnel du Gewurtzraminer, mais les deux dégustés (celui-ci et le suivant) sont des petits bijoux. Des notes magnifiques de pomme verte, assez sucré mais vif, des senteurs de glycine, de rose avec une pointe de thym. Superbe ! Le deuxième nez est un peu beurré. En bouche, c'est légèrement gras, huileux, on y trouve de la poire bien mûre et cette note dure jusqu'en finale qui est peut-être un tout petit peu courte. Ce qui est surprenant, c'est que l'équilibre est un peu instable et que c'est justement cela qui rend le vin intéressant. C'est très élégant. Un must à CHF 22.20 !!!! Meilleur rapport qualité/prix de la soirée. Il m'en faut !

"GEWURTZRAMINER GRAND CRU HENGST" 2007
CR BL : le nez est explosif avec des arômes d'agrumes, d'oranges, avec des relents floraux (rose). Le nez évolue sur le minéral. C'est fou : du fruit, du floral, du minéral. En bouche, c'est légèrement sucré, mais pas trop. Il y a une belle matière. C'est plus fruité que le Herrenweg, plus profond aussi. Le vin est bien charpenté, très expressif. On trouve au bout d'un moment des senteurs d'épices, notamment de la girofle en finale. Il y a une très grande complexité. C'est le vin le plus complexe dégusté dans la soirée. Le vin évolue sans cesse : on a l'impression d'ouvrir des poupées russes. Seul petit bémol : c'est légèrement lourd, si bien qu'on n'en boirait pas plus de deux verres. Mais, ces deux verres, on les savoure !

"PINOT GRIS GRAND CRU BRAND, VENDANGE TARDIVE", 202
CR BL : la robe est étonnamment pâle pour une vendange tardive. On a un nez sucré sur la pomme, une réminiscence du Rivella bleu. En bouche, c'est de la poire à botzi (pour les Fribourgeois), du sirop de pêche. La structure est élégante, il y a une belle longueur, mais cela manque un petit peu de complexité. C'est un vin bien droit, bien équilibré, avec une belle acidité, mais "il ne fait pas beaucoup voyager".

"GEWURTZRAMINER VENDANGE TARDIVE" 2006
CR BL : la couleur est bien dorée, le nez est explosif sur la pomme trop mûre, le cidre. La bouche est très complexe, onctueuse. La sucrosité est bien présente, mais pas dérangeante. Le vin n'est pas écoeurant. La bouche est fidèle au nez, l'acidité est parfaitement intégrée. Il y a une belle longueur ennivrante. Arômes de pêches confites, d'abricots secs. Pas mal du tout. Qui a un fondant au chocolat sous la main ?

CONCLUSIONS
C'était une très belle dégustation. L'organisation était parfaite, l'oratrice très intéressante et la qualité générale des vins de ce domaine est au-dessus de la moyenne des vins d'Alsace que j'ai pu goûter. C'est bien travaillé, cela ne tombe jamais dans la facilité, le terroir est bien mis en évidence : de la belle ouvrage. Mais, ce n'est pas donné ! La qualité se paie !

La soirée s'est terminée avec une agape (pains surprises, vins du domaine) et dans la bonne humeur. DIVO devrait organiser plus souvent ce genre de dégustations. C'est intéressant, instructif et... c'est à côté de chez moi !! Que demande le peuple ! Vivement la prochaine !

PS
Ah, à propos, Philippe avait raison : une dégustation de vins blancs, ça ne donne pas du tout mal à la tête et c'est même nettement plus digeste. On est sortis comme des princes et aucun nain n'a eu l'impertinence de venir me secouer ce matin au réveil !

lundi 14 novembre 2011

Birthday, third and last...


Bon, y m'aura fallu quand même presque 2 mois pour y arriver...
Mais l'important, c'est que j'avais envie de partager ce dernier et ultime flacon avec vous, et du coup de laisser une trace dans ce blog.
Pour être complètement honnête, lorsque j'ai choisi ce Solengo 2001, de la maison Argiano, je l'ai d'abord choisi pour moi.

Oui, nous avions prévu une soirée avec Gab du Baz'art et Yan, ex-Treillard, comme nous en avions l'habitude, et chaque fois, il est de bon ton d'amener moultes bonnes bouteilles, à déguster entre gens bien élevés et respectueux du contenu.
Mais cette fois nous avions décidé de ne prendre qu'une seule bouteille Yan et moi, ce qui nous semblait suffisant au vu du fait que nous allions manger au Petit Boeuf après (et d'ailleurs on a bien fait, parce qu'on a mal fini...)



Donc, une bouteille. Pas facile. Et là je me suis rappelé que je n'avais:
1) Jamais goûté ce Solengo en 2001
2) Que j'en avais 7 bouteilles et que je n'avais aucune idée de leur état d'évolution
3) Qu'étant de l'année de mes filles je voulais être sûr qu'elles allaient viellir
4) Que le 1997 bu lors de notre soirée Toscane me donnait très envie de découvrir le 2001, censé être supérieur en matière de millésime (95 points WS)

4 bonnes raisons donc, et la dernière, bien entendu, mon anniversaire qui venait de passer...donc j'ai choisi ce vin, mais sans vraiment parler de mon anniversaire...
Ouverte autour des 16h00, refermée pour le transport, le vin s'est révélé autour des 20h00.
Robe foncée, opaque, avec un anneau légèrement tuilé. Nez envoûtant, riche, chaud, profond. On en prend plein les narines ! C'est mûr, complexe, avec des notes de bois, de pruneau, de boîte à cigare. Italien jusqu'au bout du terroir.
En bouche...de la soie liquide. A nouveau, gras, puissant, mais tout en élégance, tout en finesse, aristocratique, généreux. Une longueur époustouflante, des tannins fins, étagés, remontant jusque dans le palais. Qu'est-ce que c'est bon ! Je ne vois pas comment et s'il pourrait évoluer en mieux, donc après 10 ans, on peut dire qu'il a atteint son apogée. Et j'espère qu'il va y rester encore un moment.
Yan avait amené un espagnol, produit par le fils de Barbier, premier millésime prometteur d'un vin riche, puissant, typiquement Priorat, dont j'ai honte d'avoir oublié le nom (Clos Martinet je crois, mais y a un autre domaine avec un nom très similaire), très bon, mais très jeune malgré un passage en carafe.
2 vins incomparables, et qui ne le furent d'ailleurs pas. Un très beau moment, humbles que nous étions devant l'ampleur de ce travail de la terre qui avait fini par arriver dans nos verres.

Phil

vendredi 21 octobre 2011

Château Rayas : au royaume de la dentelle

Jeudi soir frisquet sur la terre. Armés de notre souvenir mémorable de la dégustation Gauby, Philippe et moi embarquons Alain sur notre porte-bagage pour reprendre le chemin de Vevey comme on va à Compostelle en vue d'une mystérieuse dégustation : "Autour de Rayas". Que cachaît ces 3 mots intrigants ? Rayas est un nom qui fait rêver tout amateur de vin. Un Châteauneuf-du-Pape considéré comme la Vénus de Milo de la région, hors de prix et réservé à une élite. Notre première idée était de découvrir des vins de domaines situés aux abord de celui de Château Rayas. Mêmes terroirs ? Mêmes influences ? Puis, en regard du prix prévu pour cette dégustation (CHF 90.-), nous avons commencé à rêver. Et si on allait déguster le St-Graal ?

Qui un McDo, qui un Arancini, qui une pizza dans le ventre (on reconnaît ici les grands gastronomes que nous sommes !), nous arrivons chez les frères Siegenthaler. Accueil chaleureux, comme d'habitude, un verre de champage rosé en ouverture, et on prend nos places. Sur la table, une petite fiche de dégustation présentant ce que nous allons boire. YES ! C'est Noël avant l'heure ! 5 Fonsalettes et 2 Pignan, deux vins du domaine Rayas et .... 4 millésimes de Château Rayas, dont un blanc pour finir la soiré. 10 vins qui promettent monts et merveilles ! On est impatient de commencer.

Aucun vin n'a été carafé. Nous commençons par deux vins blancs. Les Château de Fonsalette sont des Côtes du Rhône, mais ils sont vignifiés au Château Rayas.

"Château de Fonsalette blanc", 1996
1996 n'était pas une grande année pour la région. Il a beaucoup plus et il a fait assez frais. C'est un assemblage de grenache blanc (80%), clairette (10%) et marsanne (10%).
CR BL : premier nez un peu grillé, arômes de miel, pommes, légèrement oxydatif. Le nez est bien présent. La première impression est d'avoir affaire à un vin jaune, un vin de paille. En bouche, c'est plus léger, assez rond, soyeux. On retrouve les arômes de pommes, de noix. On ne sent pas l'alcool, il manque de la matière. On croirait définitivement boire un vin jaune. Et comme je ne suis pas un grand fan de ces vins, je ne me bats pas pour en avoir un deuxième verre !

"Château de Fonsalette blanc", 1998
1998 était une année très chaude.
CR BL : on a l'impression que ce n'est pas le même vin ! Le premier nez est un peu fermé. Puis, avec le temps, des arômes subtils d'abricot apparaissent. On a l'impression de voir une fleur qui s'ouvre en accéléré tant les arômes diffèrent à chaque fois que l'on met le nez sur le verre. Cela évolue vers des fruits légèrement confits, des senteurs de plus en plus sucrées. En bouche, il y a nettement plus de matière, les arômes sont plus nets, plus précis. On y trouve du miel, à nouveau l'abricot. C'est beaucoup plus gras, presque huileux. Le vin semble encore très jeune et mérite d'attendre quelques années. C'est un beau blanc qui serait parfait sur du poisson fin.

"Château de Fonsalette rouge", 1997
C'est un assemblage de Grenache rouge (50%), Cinsault (35%) et Syrah (15%).
Avant d'attaquer les rouges, il y a un point important à préciser : il ne faut pas espérer trouver "de la couleur" chez Rayas. En effet, il vendange avec les rafles, ce qui enlève un peu de couleur. Le but recherché est d'amener de la finesse, de la complexité et d'être plus proche du terroir. C'est, selon nos hôtes, ce qui apporte la patine, le soyeux.
CR BL : le premier nez est un peu agressif, on y trouve des arômes de terre. C'est légèrement fumé. On a une petite impression de verdeur, sans doute due aux rafles. En s'ouvrant, on découvre des senteurs de grenadine, puis de poivrons. En bouche, il y a encore pas mal d'alcool. On a des arômes de cassis, de grenade, puis cela vire vers le caramel. il y a une longueur incroyable, une énorme complexité. Petit bémol : l'acidité est encore un peu trop présente. Ce vin a l'air d'un bébé. Il peut dormir encore bien quelques années

"Château de Fonsalette rouge", 2000
CR BL : le premier nez est magique : senteurs de tabac ennivrant. Avec le temps, il part sur les fruits rouges (fraises), puis un peu sur le poivron. En bouche, nous trouvons des arômes de pruneau, de fraises mara. L'alcool est encore bien présent. Il y a une belle finesse, mais cela manque légèrement de complexité. A la première gorgée, la finale est très métallique et courte. Avec le temps, cela évolue vers le café, le tabac froid. Là aussi, c'est beaucoup trop jeune.

"Château de Fonsalette Syrah", 1993
Ce vin est produit à très faible volume. Il n'est pas facile d'en trouver. 1993 a été une année très pluvieuse. C'est l'année des inondations de Vezon-la-Romaine, non loin de là.
CR BL : le nez part sur le poivron, le poireau puis évolue vers le médicament. En bouche, c'est d'abord un peu âpre, la finale part vers le café. Les arômes ne sont pas facilement identifiables. On reconnaît des fruits rouges, mais difficile d'être plus précis. Ce vin reste assez mystérieux. Ce qui frappe le plus, c'est l'incroyable fraîcheur qui se dégage de ce vin. Il a 18 ans, mais, à l'aveugle, on lui en aurait donné 3 ou 4 ! C'est hallucinant !

"Pignan 1995"
Ce millésime est le dernier que Jacques Reynaud, décédé en 1997, a fait dans sa totalité (vigne et chais). Ce château n'est pas le deuxième vin de Rayas. C'est un autre terroir. Mais on est déjà dans du 100% Grenache.
CR BL : le nez évoque des fraises sauvages écrasées. C'est là encore incroyablement vif pour son âge. On y trouve également des arômes végétaux. En bouche, l'attaque est remarquablement soyeuse, mais la finale est plus dure, plus agressive, encore pas mal alcoolisée. Il y a une très belle longueur, la matière est belle. Quand le vin a disparu de notre palais, on a l'impression qu'il reste à manger !

"Pignan 2000"
CR BL : cela n'a rien à voir avec le 1995 ! La couleur est incroyablement tuilée, comme du Cola. On a l'impression que les deux vins ont été inversés ! Le nez fait penser à du sirop framboise pur, avant d'y avoir ajouté de l'eau. On y trouve également des pruneaux confits, du sucre de canne, des effluves de sang, puis, de griottes au kirsh. Il y a une énorme concentration. En bouche, cela fait penser à un digestif (calvados). On retrouve ces arômes de pruneau, mais aussi de pommes distillées.

Après ces "en-cas" qui sont très intéressants, place à la star de la soirée !

"Château Rayas rouge" 1997
De par la localisation et la géographie du domaine, il ne fait jamais trop chaud à Rayas, il y a toujours une agréable fraîcheur. Cette caractéristique fait que, même dans les années chaudes, Rayas ne sera jamais lourd.
CR BL : le vin est très très clair. Le nez est d'une profondeur incroyable. On a l'impression de plonger dans des sables mouvants, cela nous enveloppe. Première constatation : on remarque tout de suite la filiation avec les vins précédents de par la présence de la fraise sauvage qui est bien présente. C'est légèrement sucré, on y sent des parfums de la garrigue. En bouche, c'est très soyeux, satiné, il y a une structure très élégante. En finale, on a des arômes d'agrumes (orange, pamplemousse). Et, je me répète : le fin est incroyablement jeune ! Pour Emmanuel Reynaud qui gère actuellement le domaine, il faut attendre 20 ans avant d'ouvrir une bouteille de Rayas. Le vigneron, qui n'est, paraît-il, pas très commode, peut rayer de la liste des consommateurs qui le boiraient trop jeune !

"Château Rayas rouge" 1998
1998 est considéré comme une grande année.
CR BL : le vin est  assez différent du précédent. Le nez rappelle le caramel fondu. C'est plus chaud, il y a des arômes torréifiés, un peu plus compoté (pruneaux). En bouche, on retrouve un peu ce côté "calvados" du Pignan 2000, mais avec plus de fruits, d'élégance. Il y a égalemnt des arômes d'agrumes, avec une pointe de balsamique. La finale est un peu courte.

"Château Rayas rouge" 2000
CR BL : on retrouve notre fraise sauvage. Le nez est plus discret, mais élégament, bien structuré. En bouche, c'est de loin le plus bel équilibre de tous. Il y a une finesse fantastique, une belle acidité. Seul petit bémol : une légère amertume en finale qui laisse la bouche un peu pâteuse. C'est un merveilleux compromis entre  le 1997 (verdeur) et le 1998 (compoté). C'est de loin le plus beau de tous.

"Château Rayas blanc", 1996
C'est un assemblage de Grenache Blanc (50%) et Clairette (50%).
CR BL : le nez est vif, alerte, légèrement citronné dans un premier temps. Il est légèrement fumé, exhale la poire à botzi (pour les Fribourgeois). En bouche, c'est une fraîcheur incroyable. On retrouve ces arômes de fruits "jaunes", voire même exotiques (léger ananas). Jamais un blanc ne m'a paru aussi soyeux. L'acidité est magnifiquement intégrée, l'équilibre est parfait. Et cela semble pouvoir attendre encore longtemps. C'est, pour moi, la révélation de la soirée. Incroyable.

CONCLUSIONS
Château Rayas est un domaine à part dans les Châteauneuf. Cette appellation peut contenir 13 cépages différents. Et chez Rayas, c'est 100% Grenache. Unique. Ces vins ne sont pas accessibles à tout un chacun. Ils sont caractérisés par leur extrême finesse. Sans doute que, 2- ans en arrière, j'aurais été incapable de les apprécier, car j'étais alors touché par la puissance. Si je ne renie pas ce goût pour la puissance, je suis désormais à même d'apprécier des vins plus fins, plus difficiles, plus complexes. L'entraînement !!!!

En dégustant ce château mythique, je l'ai bien entendu comparé avec l'un de mes plus grands coups de coeur qui est également un Châteauneuf : Château de Beaucastel (bu 2000 et 2001). Et bien, pour être franc, j'ai préféré Beaucastel. C'est plus dans mes goûts actuels, au niveau notamment des fruits noirs et des senteurs de thé noir que j'apprécie tout particulièrement. Et ça tombe bien, c'est nettement moins cher et on trouve en 5 minutes de chez moi, chez DIVO !!!!

Encore une fois, les frères Siegenthaler ont concocté une soirée magnifique. Les vins dégustés ne se trouvent quasiment plus sur le marché. C'est grâce à leur amitié avec Emmanuel Reynaud qu'ils ont pu obtenir ces bouteilles en provenance direct de la cave du château. C'était donc des bouteilles "uniques" pour nous, qu'on ne goûtera sans doute jamais plus dans ces millésimes. Et leur humilité et leur passion devant le vin en font des interlocuteurs et des hôtes très agréables. On reviendra. On a passé une superbe soirée qui s'est soldée par une assiette de viande séchée accompagnée de deux millésimes du premier domaine d'Emmanuel Reynaud : Château des Tours (1997 et 2004), par ailleurs trè intéressant. Il a juste fallu réveiller Alain pour rentrer (il travaille trop, ce petit !). Vivement la prochaine !